
Le Président de la République avait annoncé la couleur ...
Le Président de la République avait annoncé la couleur : "ce sont les réformes qui permettront les économies".
La réforme de l'enseignement professionnel avait ouvert le bal, celle des lycées a suivi dans la lignée et celle de la formation initiale des enseignants donné sa pleine mesure dès la rentrée 2010.
Répondant à un député de l'Aveyron, Luc CHATEL a détaillé les fermetures de postes liées à la "mastérisation".
"Le premier degré a rendu 9 182 emplois de stagiaires, le second degré 6 733, le programme "vie de l'élève" 230 et l'enseignement privé 1 876".
C'est au total 18 202 postes de stagiaires dont 16 326 dans l'enseignement public qui seront fermés.
Dans cette chronique d'une catastrophe annoncée, il n'y a aucune place, ni pour les considérations humaines, ni pour les conditions de travail, ni pour l'efficacité de l'enseignement.
Vous trouverez ci-après l'extrait du courrier adressé par l'une des adhérentes du syndicat aux IPR de sa discipline pour justifier son refus d'être tutrice.
"…il y a quatre ans, j’étais moi-même PLC2 dans un collège de région parisienne, et même en ayant bénéficié d’une formation de qualité - et de conseils précieux que j’applique encore aujourd’hui – à l’IUFM de Créteil, auprès d’enseignants formateurs compétents, ainsi que de l’accompagnement d’un tuteur dans le même collège que moi, j’ai vécu une année extrêmement difficile, pour ne pas dire traumatisante…
… provoquant une angoisse terrible au quotidien et des cauchemars récurrents, mais vous n’êtes pas sans savoir comme un enseignant débutant, même en n’étant responsable que de 2 classes, soit à 6 heures de cours hebdomadaires, est rudement mis à l’épreuve.
S’adapter à un nouvel environnement, apprendre à connaître les élèves, donner l’image d’un adulte référent qui sait ce qu’il fait et où il va (alors qu’il n’en sait rien au début) pour se faire respecter, penser à guider les jeunes élèves dans chacun de leurs gestes tout en gardant le fil du cours fraîchement créé et pas encore mémorisé, gérer l’espace, le tableau, la prise de parole des élèves, leur évaluation, l’heure, le cahier de texte de la classe, surveiller que les élèves ne dégradent pas la salle etc. sont autant de micro tâches auxquelles il doit penser en même temps.
Et je ne parle pas de la difficulté d’élaborer une séquence. Sans compter ceux d’entre nous qui sont confrontés dès les premières heures de cours à des classes difficiles, à des élèves provocateurs ou violents.
Moi qui ai très mal vécu ma première année à 6 heures hebdomadaires, c'est-à-dire 2 classes (alors que j’étais bien entourée, formée, et en charge d’élèves ordinaires), pensez-vous que j’aurais tenu le coup à 18 heures ?!!
Moi qui ai perdu 5 kilos les 2 premières semaines de mon année de stage parce que le stress me coupait l’appétit et m’empêchait de dormir, j’aurais certainement abandonné ma mission pour préserver ma santé si j’avais été lancée à plein temps dès le départ...
… Et le nouveau système des stagiaires aggrave cette précarité, puisqu’il nécessite des remplaçants pour les stagiaires lorsqu’ils sont en formation et pour les tuteurs lorsqu’ils s’occupent des stagiaires !
Ce système est absurde et préjudiciable tant pour les enseignants que pour les élèves, qui sont confrontés à plusieurs professeurs pour une même discipline. Or les élèves ont besoin de stabilité et de repères pour se construire dans le respect et la confiance…
…j’espère vivement que vous comprenez que mon refus n’est pas d’être tutrice, mais de subir un système aberrant, préjudiciable à tous : les personnels des établissements scolaires, les élèves et par conséquent leurs familles…"
Ce courrier résume bien à nos yeux l'immense gâchis qui se prépare.